Luc Tangorre, le violeur des quartiers Sud

Bonjour Claudia Prolongeu et vous écoutez Crim Story, le podcast fait divers du parisien.

Un jeune garçon de ans a été tué par balle.

Des aveux ans après.

Son corps a été retrouvé un mois plus tard.

Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés.

Alors qu’il chaque semaine,

je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service police justice du parisien, Damien Delseni.

Et je vous rappelle que jusqu’au juillet, Crim Story est en partenariat avec France Télévision qui met en ligne quatre films inspirés par des faits divers.

Vous pouvez en retrouver la liste directement sur la plateforme France TV.

Bonjour Damien.

Bonjour Claudia.

Aujourd’hui dans Crim Story, les épisodes et de sur de cette affaire, Luangor, une vie de mensonge.

Année , Luc Tangor est accusé d’être un violeur en série.

Il n bénéficie d’un comité de soutien composé d’intellectuels.

Il est partiellement grâcié par François Mitteran, président de la République.

Mais est-ce un innocent ou un prédateur qu’on a remis en liberté ? Printemps .

Dans quelques semaines, François Mitteran sera élu président de la République et offrira ainsi à la gauche sa première accession à la fonction suprême sous la e République.

En attendant, la campagne présidentielle bat son plein.

Dans le débat public, les thèmes principaux sont la peine de mort, la peur de l’emprise du communisme russe si la gauche arrivait au pouvoir, la paix dans le monde et l’épargne des ménages.

Le mercredi er avril, Sylvianne, une femme de ans qui vit dans le e arrondissement de Marseille, rentre chez elle en voiture vers h du matin.

Ce quartier plutôt chic et très étendu va quasiment du vieux port à l’entrée du parc national des Calanc.

Une fois sa voiture garée, Sylvian descend et s’apprête à marcher jusqu’à son domicile.

Mais un homme l’arrête en lui braquant un pistolet sur la tee.

Il lui dit qu’il ne lui veut aucun mal, mais qu’il est en caval et qu’il a besoin de [musique] son aide.

Sylvian essaie de s’opposer à lui mais il l’oblige à remonter dans sa voiture.

Sous la menace de son arme, elle s’exécute.

Installéeà côté d’elle, la tenant toujours en jou, l’homme fait conduire Sylvianne dans les rues de Marseille en s’éloignant du centre-ville.

La voiture arrive bientôt sur le parking de la Calangue de Morgiou au pied de la garue.

L’agresseur dit à Sylviane de se garer, puis il lui annonce qu’il va la violer, mais que si elle fait ce qu’il lui dit, elle aura la vie sauve.

Sylvian est terrorisé et obéit à son agresseur.

Après le viol, il lui demande tranquillement de le ramener en voiture et de le déposer à la hauteur d’une résidence où il dit avoir garé sa mobylette.Sylvian dira plus tard avoir été frappé par la douceur et la politesse de cet homme pendant le trajet en comparaison de la violence avec laquelle il l’avait traité quelques minutes plus tôt.

Après avoir déposé l’homme, Sylviane, qui est sous le choc mais soulagée d’être encore en vie rentre chez elle.

Le lendemain matin, elle se précipite au commissariat pour porter plainte pour viol.

Très lucide, elle est capable de faire le portrait robot de l’homme qui l’a violé.

Elle décrit quelqu’un d’âgé de à ans, d’environ , mètres de type européen, brun, avec une moustache noire.

Au moment de l’agression, il portait des tennis blanches et un blouson de couleur sombre.

À l’occasion de ce dépôt de plainte, Sylvian apprend qu’elle n’est pas la seule à avoir été victime d’une telle agression dans le secteur.

Depuis la fin de l’année , depuis an et demi donc ce sont en fait neuf femmes avant elles qui sont venues porter plainte pour agression sexuelle ou viol.

Damien, ces autres faits ont été commis dans le e arrondissement ou le e arrondissement de Marseille ? Oui, donc dans des quartiers voisins.

Le e englobe aussi le quartier des Calanques, hein, qui est certes très éloigné du centre-ville, même quasiment rural he à certains endroiTS. On arrive vraiment dans la forêt, dans la gare.

Là aussi, c’est plutôt quand même un quartier chic résidentiel et relativement calme la nuit.

Les neuf autres femmes racontent à peu près la même chose que Sylviane.

Oui, un mode opératoire qui est très proche.

Un homme qui les aborde le soir, souvent au moment où elles sortent de leur voiture et qui leur dit qu’il est non seulement armé, mais qu’il est aussi en caval qu’il ne va leur faire aucun mal.

Il a simplement besoin d’aide.

Alors, certaines disent qu’une fois que l’homme prend la fuite, hein, après le viol, elles l’entendent priori repartir plutôt dans une voiture.

Elles identifient le bruit de cette voiture plutôt à un modèle de chevaux, hein, qui est une voiture très répandue Citroën à l’époque.

Elles disent aussi que l’homme qui les a violé a utilisé comme lubrifiant de la vaseline ou de l’huile de moteur.

Cet homme est tout de suite surnommé le violeur des quartiers sud et une psychose s’installe dans Marseille.

Oui, les femmes ont peur de sortir de chez elles.

Elles se font accompagner à juste titre he d’ailleurs, puisqu’on sait que cet homme mil, il n’a toujours pas été arrêté, que ça fait an et demi que ça dure, qu’il y a au moins victimes.

On dit au moins parce que il y en a peut-être davantage mais elles n’ont pas toutes forcément déposé plainte.

Et d’ailleurs, rapidement, ce ne sont plus femmes en comptant Sylvie mais qui dénoncent des viols ou agressions sexuelles commises par un individu qui semble avoir un mode opératoire assez précis.

Oui, les témoignages vont se multiplier, c’est-à-dire une fois que l’affaire est rendue publique, elle est médiatisée, bah des femmes vont reconnaître le mode opératoire et elles vont toutes dresser le même portrait que celui qu’a fait Sylvian de son agresseur.

Donc les enquêteurs, ils disposent quand même de beaucoup d’élémenTS. Ils ont une description physique, un portrait robot assez précis.

Malheureusement, ça ne suffit pas à ce moment-là encore pour appréhender le violeur des quartiers sud.

Le préfet de police et le préfet de région donnent l’ordre à tous les services de police, police judiciaire, sûreté urbaine et renseignements généraux de se concentrer sur le violeur des quartiers sud.

Tous ont pour mission de le trouver.

La pression est forte sur eux mais c’est finalement par hasard que des agents le débusquent.

Le soir du dimanche avril , moins de semaines après le dépôt de plainte de Sylviane, une patrouille croise à l’angle de la rue d’Amier et de l’avenue du Prado un homme qui attire leur attention.

Il ne fait rien de particulier mais son comportement semble bizarre.

Les policiers le contrôlent.

Il s’appelle Tangor.

Il est étudiant en sport.

Il a ans et il attend un ami qui, dit-il va arriver d’une minute à l’autre.

Les policiers lui posent d’autres questions et se disent entre eux qu’il ressemble quand même fortement au portrait robot du violeur des quartiers sud.

Comme ce dernier, il est jeune, a les cheveux courts, bruns, une petite moustache et une carrure élancée.

Les policiers remarquent aussi qu’il a des baskets blanches similaires à celles décrites par les victimes.

Luc Tangor essaie de donner le change et dit au policier qu’il est garé juste à côté.

Sans le savoir, il leur donne en fait une nouvelle raison de le soupçonner d’être le violeur puisque le véhicule qu’il désigne est une chevaux.

Exactement le modèle de voiture que plusieurs des victimes pensent avoir identifié au bruit qu’elle a fait en démarrant.

Damien.

Les policiers décident de fouiller la voiture de Luc Tangor et à l’intérieur, il trouvent un couteau emballé dans du papier.

See also  Belen Rodriguez, le foto in ospedale e scoppia il caso

Alors, ça commence à faire pas mal d’éléments quand même pour un simple contrôle, mais l’étudiant va se défendre.

Il va dire que c’est un couteau qu’il utilise pour couper de la viande.

Alors, on comprend pas très bien ce qu’il fait dans une voiture emballé dans du papier.

Et effectivement, ça ne suffit pas à convaincre et à rassurer les policiers qui décident de l’interpeller pour le ramener au commissariat.

Luc Tangor est placé en garde à vue.

À cette époque-là, on n’est pas en mesure d’utiliser son ADN pour confirmer ou infirmer l’hypothèse selon laquelle il est le violeur des quartiers sud.

Oui, l’ADN là, c’est même pas la préhistoire.

Ça n’existe pas à cette époque-là.

Ça aurait été évidemment beaucoup plus simple mais là on est dans une procédure plus ancienne des années .

Donc on va simplement le mettre face au témoignages, aux suspicions, à sa ressemblance physique, à certains éléments du dossier qui le mettent en cause.

Mais lui, il va tout nier de manière catégorique, constante et aussi, il faut le dire, de manière assez convaincante.

Les enquêteurs décident de faire venir certaines victimes au commissariat pour savoir si elles le reconnaissent.

C’est ce qu’on appelle un tapissage.

Alors pour cela, on va choisir quatre ou cinq policiers qui ont à peu près la même carrure, le même physique.

On cherche pas des jumeaux, mais on cherche des gens qui soient quand même pas trop différents de Luc Tangor.

Ces policiers vont être habillés avec des vêtements civils évidemment.

Alors, ils ont une moustache hein, comme Luc Tangor.

Et puis on va les positionner les uns à côté des autres avec chacun un numéro dans la main derrière une vitre sans teint.

On fait venir des victimes qui les observent derrière cette vitre sans teint pour savoir si elles reconnaissent dans ce groupe d’hommes qui leur est présenté leur agresseur.

Évidemment, au milieu de ces policiers moustachus, bah on a mis Luc Tangor hein, le suspect avec une pancarte et un numéro et quatre des victimes qui vont défiler derrière la glace sans teint vont désigner Tangor comme l’homme qui les a violé.

Sylviane en particulier est formelle à tel point qu’elle jure spontanément aux enquêteurs que si elle avait le moindre doute, elle ne prendrait pas le risque d’envoyer un innocent en prison.

Preuve qu’elle a conscience de l’importance et de la gravité de ses déclarations.

D’autres femmes, en voyant le panel d’homme qui leur est présenté, hésitent et ne désigne pas particulièrement Luc Tangor.

Pendant le temps de sa garde à vue, les policiers organisent une perquisition chez lui.

Dans l’appartement de Luc Tangor, un studio situé en contrebas de la corniche à Marseille, il retrouve un pistolet factice.

Sur ce pistolet, il y a des traces de terre.

Or, une des victimes a décrit que pendant qu’il l’a violé, l’agresseur a posé le pistolet sur le sol.

De la terre est prélevée sur l’arme factice et envoyée en laboratoire pour analyse.

Les enquêteurs dénichent également une parka avec des traces de graisse qui prend elle aussi le chemin du laboratoire.

En quelques heures, les résultats reviennent.

Les traces de graisse sont plus précisément des traces de vaseline et d’huile de moteur.

Quant à la terre, c’est la même que celle prélevée sur le parking de Morgiou.

Les policiers sont décontenancés.

Cette série d’éléments est très probante.

Mais l’enquête de personnalité de Luc Tangor ne colle absolument pas avec les faits qui lui sont reprochés.

L’étudiant en sport est un jeune homme parfaitement inséré, élevé par des parents aimants avec lesquels il s’entend très bien et son casier judiciaire est vierge.

Il n’a jamais eu d’ennui avec la police, ni pour des infractions à caractère sexuel, ni pour d’autres types de délit.

Né en 1959 à Saint-Étienne, il fait ses études à Marseille où ses enseignants le décrivent comme un élève gentil, bien élevé, comprenant parfaitement ce qu’on attend de lui.

Il a de nombreux amis et même une fiancée dont il est très amoureux, semble-t-il, et qui certifie au policier que sa sexualité est tout à fait normale.

Il n’a jamais été violent, ni avec elle, ni avec d’autres personnes.

Il se destine à devenir professeur de sport et il s’est déjà illustré dans l’enseignement en donnant des cours d’alphabétisation à des migranTS.

Luc Tangor n’est pas seulement quelqu’un qui n’a jamais eu de problème.

Il est un jeune homme solaire et très populaire.

Damien encore aujourd’hui, l’opinion publique a parfois du mal à imaginer que ce type de profil puisse correspondre à celui d’un criminel.

Mais à l’époque, c’est encore plus le cas.

Oui.

Alors, d’autant qu’on va le redire, à l’époque, il y a pas de preuve scientifique dans ce type de dossier.

Donc, on se fie à quoi ? On se fie à la personnalité, à ce qu’on peut essayer de ressentir de quelqu’un d’un suspect.

Et alors lui, évidemment il est pas du tout, c’est pas un marginal, c’est pas quelqu’un de qui a eu une enfance compliquée, qui a déjà eu affaire à la justice ou à la police.

C’est quelqu’un presque un fils modèle, presque un étudiant modèle.

Donc ça paraît tout à fait invraisemblable que cet homme bien sous tout rapport qui a une petite amie qu’il décrit comme quelqu’un de parfaitement respectueux puisse être cet homme qui se transforme la nuit en un redoutable et terrible violeur.

En plus, depuis la minute 1 de son arrestation, il nie avec force.

Il dit même qu’il est victime d’un immense quiproquo et qu’en fait il est là parce qu’il ressemble tout simplement physiquement comme deux gouttes d’eau au violeur, mais que bah c’est pas ça qui fait de lui un coupable.

Ce n’est pas une simple ressemblance physique avec un portrait robot qui doit l’emmener en prison.

Donc cette force qu’il a pour nier, déjà crier à l’erreur judiciaire, elle va finir par instiller le doute chez pas mal de monde, y compris d’ailleurs dans les rangs des enquêteurs de la police.

Mais évidemment, les seuls qui continuent à être sûrs de ce qu’elles disent, ce sont les victimes qui elles l’ont reconnu de manière formelle et qui elles ne varient pas.

Malgré tout, les victimes arrivent à convaincre le juge d’instruction puisque Luc Tangor est mis en examen pour viol et incarcéré à la prison des Baumettes en détention provisoire.

Sa famille, elle, ne croit pas du tout à sa culpabilité.

Alors, les jours qui suivent son arrestation, il y a évidemment une campagne médiatique.

La photo de Luc Tangor s’affiche en une des quotidiens, notamment des quotidiens marseillais avec la mention “Le violeur des quartiers sud, c’était lui.” Mais chez les Tangor, évidemment, on protège, on essaie de défendre le fils et pour eux, ça semble totalement impossible.

Et dans la maison de Marseille où vivent ses parents, on organise déjà la riposte.

“Je me bats avec force parce que Luc, demain, ça peut se passer pour n’importe qui, parce que n’oubliez pas, Luc a été arrêté que par un simple contrôle d’identité.

Et justement, je me bats de toutes mes forces parce que je suis convaincu de son innocence.

Les éléments du dossier prouvent que Luc est innocent.

Nous en avons la preuve formelle.”

See also  Affari Tuoi, la denuncia dell’aspirante concorrente: “Cosa mi hanno fatto”

Luc Tangor prend comme avocate Anne Dyler.

Ce n’est pas n’importe qui cette avocate.

Elle est très engagée, notamment pour la Ligue des droits de l’homme, et elle pointe des manques et des incohérences dans l’enquête.

Elle dit que par exemple, sur la séance de tapissage, celle où on l’a reconnu quand il était au milieu des autres policiers, il était le seul Luc Tangor à porter les fameuses baskets blanches dont parlaient plusieurs victimes, quand les autres policiers qui jouaient un rôle eux étaient avec des chaussures de ville entre guillemeTS.

Donc forcément, elle explique que ça a attiré l’attention des victimes qui ont reconnu les baskets blanches et qui ont donc reconnu leur violeur et donc Luc Tangor.

Elle dit aussi que ceux qui se tenaient à côté de Luc Tangor, toujours pendant cette séance de tapissage, étaient beaucoup plus grands que lui et qu’il était finalement le seul à faire la taille décrite par les victimes.

Elle pense donc qu’en quelque sorte, on a pu fausser ces témoignages ou en tout cas inciter ces victimes à désigner Luc Tangor.

Il y a aussi l’histoire du pistolet factice dont personne n’a parlé avec son bouchon rouge, le fait que la 2 chevaux, il l’aurait en fait acquise un an après les faits alors qu’on lui reproche que ce soit la voiture reconnue par certaines victimes.

Et puis il y a aussi l’alibi de Luc Tangor pour certaines des agressions.

La nuit du viol de Sylviane par exemple, il affirme qu’il ne pouvait pas se trouver sur le parking de la calanque de Morgiou car il était hospitalisé pour une réaction allergique et qu’il était toujours le lendemain hospitalisé alors qu’a eu lieu un autre viol.

Donc qu’est-ce qu’on fait ? On vérifie le registre de l’hôpital.

Et qu’est-ce qu’il indique ce registre de l’hôpital ? Eh bien qu’en effet, Luc Tangor, il n’est pas sorti de l’hôpital ce jour-là.

Soutenu par sa famille, Luc Tangor crie à l’erreur judiciaire.

Avec son avocate, maître Anne Dyler, il constitue un dossier et depuis sa cellule, à ses proches, il écrit qu’il est la victime dans cette affaire, persuadé qu’il ne fait que ressembler par malchance au portrait robot du violeur et que c’est une terrible méprise.

Les amis de Luc Tangor sont particulièrement mobilisés pour prouver l’innocence de leur camarade.

Ils notifient aux enquêteurs que l’un des soirs où l’étudiant aurait violé une femme, il était à une fête avec eux et que ça ne peut pas être lui.

Luc Tangor lui-même est posé, didactique et détaille pourquoi tel jour il ne pouvait pas être à tel endroit et tel autre jour à tel autre.

Il n’a pas toujours un alibi solide, mais son calme et sa détermination à prouver son innocence ne laissent pas indifférents ceux qui s’intéressent à l’affaire.

Le jeudi 13 mai 1982, alors que Luc Tangor est en détention provisoire depuis un peu plus d’un an, il entame une grève de la faim pour dénoncer la lenteur de l’instruction et la partialité selon lui des juges et des enquêteurs.

Il dit préférer mourir plutôt que vivre dans ces conditions.

Dans la foulée, le personnel de l’hôpital où il a été admis le jour du viol de Sylviane est entendu et personne ne se souvient de son hospitalisation.

Le registre d’admission indique bien que Luc Tangor a été hospitalisé, mais pas quand cette hospitalisation s’est terminée.

Et personne ne se souvient de ce patient.

Le patient qui partageait sa chambre n’est pas non plus capable de donner une indication sur le moment où son voisin a quitté l’établissement.

Évidemment, répond Luc Tangor, 14 mois plus tard, ils ont oublié.

Autour de l’étudiant, les soutiens gonflent.

Ce ne sont plus seulement ses proches qui crient à l’innocence de Luc Tangor, mais aussi des anonymes.

Des pétitions sont signées et 11 jours plus tard, le lundi 24 mai, un comité officiel de soutien à l’étudiant se constitue.

Dans ses rangs, de nombreux intellectuels parmi lesquels l’historien Pierre Vidal-Naquet, les écrivains Gilles Perrault, Marguerite Duras et Françoise Sagan ou encore les hommes politiques Jean-Claude Gaudin et Albin Chalandon, un ancien ministre de la Justice.

Damien Delseni, c’est dans ce contexte que s’ouvre le procès de Luc Tangor le mercredi 19 mai 1983, 2 ans après la plainte pour viol de Sylviane, devant les assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence.

Au total, ce sont 11 faits qui ont été retenus.

Six accusations ont fait l’objet d’un non-lieu, c’est-à-dire que la justice a estimé qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour le poursuivre sur ces faits-là avant l’ouverture du procès.

Alors, parmi ces 11 faits, quatre sont considérés comme des viols.

Pourquoi les autres ne le sont pas et sont considérés comme des agressions sexuelles ? Parce qu’à l’époque, une fellation, par exemple, ne pouvait pas être considérée comme un viol.

Donc on le poursuit devant les assises pour quatre viols, une tentative et six attentats à la pudeur commis avec armes.

Alors, c’est l’expression de l’époque qui est dans la loi.

Les attentats à la pudeur, ensuite c’est devenu des atteintes sexuelles, etc.

Mais là à l’époque, on parle d’attentat à la pudeur.

Les victimes sont là et elles maintiennent que l’homme qui les a violées est bien celui qui se tient dans le box des accusés.

Alors non seulement elles le maintiennent, mais elles sont quand même très en colère.

Sylviane notamment qui réaffirme qu’elle ne se trompe pas.

Alors, l’avocat général tente d’insister sur la gravité des faits en dehors de la personnalité de l’accusé.

Il dit : “Violer quelqu’un, c’est le tuer durant quelques minutes.

C’est mettre sa vie entre parenthèses et on ne sait jamais quand cette parenthèse se refermera.”

Comment est-ce que se comporte Luc Tangor ? Exactement comme depuis le début de l’affaire.

Il va se défendre pied à pied, crier son innocence.

Il va parler aux victimes, leur dire qu’il est vraiment désolé pour elles mais qu’elles font une erreur, qu’il n’est pas le coupable.

Il est persuadé d’être entendu.

La salle, évidemment, on l’a dit, le procès est très médiatique.

La salle est remplie.

Il y a son comité de soutien, ses quatre avocats dont Anne Dyler, sa famille et ses proches bien sûr sont là et ils sont convaincus qu’il va être acquitté.

Ce n’est pas ce qui se passe.

Le mardi 24 mai 1983, 7 jours après le début du procès, Luc Tangor est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés à une voix près, ce qui témoigne de la difficulté pour les jurés à trancher.

Il est condamné à 15 ans de prison.

Pour le comité de soutien, c’est un coup de massue.

Sa famille hurle à l’injustice et son avocate reconnaît une déconfiture.

Mais la défense, comme les soutiens, n’ont pas l’intention de se laisser abattre.

La possibilité de faire appel n’existant pas à l’époque, la défense de Luc Tangor se pourvoit directement en cassation.

Le 10 novembre de la même année, le pourvoi est rejeté.

Pas de quoi se résigner.

Le 28 décembre 1983, l’historien Pierre Vidal-Naquet publie dans Le Monde une tribune intitulée “Pour Luc Tangor”.

See also  Ibinunyag ang Sikreto: BABAENG PINAGNANASAAN ni Paolo Contis sa Bubble Gang, Nakilala Na!

“Le viol n’est pas une plaisanterie”, écrit-il, “il est un crime.

Et sur ce point, les mouvements féministes n’ont pas tort de se montrer vigilanTS. Pas un instant, Luc Tangor n’a cessé de proclamer son innocence avec parfois une maladresse qui a indisposé ses juges.

C’est un reproche que l’on fait souvent aux innocenTS. Historien, petit-fils, fils, frère de juristes, je n’ai pas la religion de l’aveu mais j’ai la religion de la preuve.”

Dans la suite de la tribune, l’historien détaille pourquoi selon lui les éléments présentés comme preuve lors de l’audience sont discutables et il conclut : “Ainsi naissent les affaires de refus.”

Damien, pendant ce temps-là, une femme travaille à une contre-enquête sur l’affaire Luc Tangor.

Elle s’appelle Gisèle Tichanné.

Elle est chercheuse au CNRS.

C’est aussi une amie proche de la famille Tangor.

Elle connaît très bien Luc parce qu’il a gardé ses filles quand elles avaient entre 12 et 14 ans.

Il les a gardées plusieurs fois sans qu’il n’y ait jamais le moindre problème ou le moindre doute sur son comportement.

Elle assiste au procès et comme tous les soutiens de Luc Tangor, elle est ébranlée par le verdict et c’est à partir de ce moment-là qu’elle décide de se consacrer à l’affaire.

Oui, elle va relire, retravailler le dossier tout en défendant la thèse selon laquelle Luc Tangor est innocent et qu’il est simplement la victime d’une extraordinaire ressemblance physique avec un homme qui vit quelque part à Marseille, qui viole et agresse des femmes et qui lui est toujours en liberté.

Elle finit même par publier un livre un an plus tard, en janvier 1985.

Livre qui s’appelle “Tangor, coupable à tout prix”, publié aux éditions La Découverte.

C’est un livre blanc avec un titre en vert et au milieu sur la couverture une photo en noir et blanc de Luc Tangor avec sa moustache.

Alors ce livre, il va remettre en quelque sorte un coup de projecteur sur l’affaire et sur Luc Tangor.

De plus en plus de personnalités du monde culturel vont s’intéresser, s’accaparer en quelque sorte cette histoire.

À peu près 2 000 personnes sont dans le comité de soutien.

Et même Marguerite Duras, l’écrivaine, va lui écrire directement en prison.

Une lettre ouverte de soutien à Luc Tangor recueille de nombreuses signatures.

La presse embraye, remettant sur la table le doute quant à la culpabilité du condamné.

Mais Luc Tangor a épuisé tous les recours judiciaires.

Après la Cour de cassation, ses avocats ont tenté de faire annuler des pièces du dossier, de proposer des contre-expertises sans succès.

Le seul espoir de Luc Tangor et de son comité de soutien est désormais la grâce présidentielle.

La présidente du comité, Guillaume Vilain — du nom d’un homme victime d’une erreur judiciaire — et l’archevêque de Lyon écrivent au chef de l’État, François Mitterrand.

En 1987, le président arrive à la fin de son mandat et en brigue un second.

Un an avant une nouvelle élection présidentielle, il est sensible à l’opinion publique et à l’intelligentsia de gauche qu’il fréquente.

François Mitterrand accorde cette grâce le lundi 20 juillet 1987.

Ce n’est pas une grâce totale mais une grâce partielle qui permet de réduire la peine de Luc Tangor de 4 ans.

L’année suivante, le lundi 15 février 1988, le condamné a passé près de 7 ans en prison et il peut sortir.

Il a 29 ans.

Devant la prison, une foule de journalistes et ses parents l’attendent.

7h ce matin, de nombreux journalistes sont déjà devant la centrale de Muret pour assister à la sortie de Luc Tangor prévue pour 8h45.

Quelques instants plus tard, ses parents et ses amis arrivent à leur tour.

Face aux caméras, l’ancien détenu affirme qu’il veut laver son honneur et qu’il n’en restera pas là.

“Mais écoutez, on vient de me rendre la liberté, mais en fait la liberté sans honneur, je crois que ça correspond absolument à rien.”

Pour une grande partie des Français, il est devenu le symbole de l’erreur judiciaire.

Du côté des victimes, en revanche, cette grâce présidentielle ne passe pas.

Même si elle n’efface pas la condamnation de Tangor, celles qui l’ont dénoncé et reconnu comme l’homme qui les avait violées se sentent humiliées, niées et trahies par leur pays.

Damien, après sa sortie, Luc Tangor jouit d’une certaine notoriété.

Oui, notamment grâce à son comité de soutien qui est toujours très présent.

Marguerite Duras va l’héberger quelques temps dans son appartement parisien dans le quartier Saint-Germain-des-Prés.

Alors, il a quand même quelques détracteurs qui critiquent le fait qu’il mène une vie un peu dissolue depuis sa sortie de prison.

Il multiplie par exemple les aventures d’un soir, mais bon, ses défenseurs mettent aussi en avant le fait qu’il a un travail, qu’il se réinsère en quelque sorte et pour aider à sa réinsertion, ses parents d’ailleurs lui ont acheté un bureau de tabac à Lyon dans le Rhône dans lequel il travaille tous les jours de 9h à 23h.

Il s’installe donc dans ce quotidien et assez vite, on oublie Luc Tangor.

Oui, Tangor va retomber dans une forme d’anonymat.

On a eu l’impression que ce personnage avait beaucoup occupé la scène médiatique avant le procès, juste après.

Mais effectivement, à la fin de sa peine, on en parle plus tous les jours.

Une fois qu’il est sorti, qu’on l’a filmé en sortant, bon bah il disparaît un petit peu de l’actualité et pour la plupart des gens d’ailleurs, on le considère comme quelqu’un qui est innocent en fait.

Mais tout va changer 8 mois plus tard.

Alors, entre-temps, il a déposé une demande de révision.

C’est ce qu’il avait dit d’ailleurs à la sortie de prison, qu’il allait continuer à se battre pour prouver son innocence.

On sent qu’il veut vraiment laver son honneur.

En tout cas, c’est sa volonté.

Mais le lundi 24 octobre 1988, eh bien des enquêteurs, de nouveaux policiers attendent Luc Tangor devant son bureau de tabac.

Il est 6h du matin, c’est l’aube.

Il s’apprête à aller ouvrir son commerce.

Des policiers l’interpellent et lui annoncent son placement en garde à vue pour viol.

Vous venez d’écouter Crim’ Story : Luc Tangor, une vie de mensonge, épisode 2.

Les 3e et 4e épisodes seront disponibles la semaine prochaine sur toutes les plateformes d’écoute.

Cet épisode de Crim’ Story est diffusé en partenariat avec France Télévisions qui met en ligne entre le 15 avril et le 14 juillet 2026 quatre films inspirés par des faits divers.

Vous pouvez retrouver la liste sur leur site internet.

Ce récit était écrit par Claudia Prolongeau et raconté avec Damien Delseni.

Pour écouter tous nos autres podcasts, c’est sur le site leparisien.fr et sur n’importe quelle plateforme d’écoute.

Cette semaine, il y avait à la production Thibault Lambert et Barbara Agouille et à la réalisation Julien Moncouquiol.

Jules Lavie est le rédacteur en chef.

Si vous aimez Crim’ Story, vous pouvez vous abonner et nous laisser des commentaires ou des petites étoiles.

Vous pouvez nous écrire à l’adresse [email protected] ou directement sur mon compte Instagram.

Et surtout, vous pouvez écouter Code source, notre podcast d’actualité qui propose un nouvel épisode chaque jour du lundi au vendredi.

Related Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

© 2026 myphamqueenieskin | All rights reserved